Le 6 février de l’année dernière, le gouvernement et quatorze groupes armés avaient signé un accord de paix pour sortir le pays de la crise. Après son premier anniversaire, le document précédemment paraphé à Khartoum tient toujours, mais n’a jamais été aussi fragile comme il l’est ces derniers temps du fait des affrontements qui se poursuivent entre les milices rivales.
Le texte traite des questions délicates : l’amnistie, le partage du pouvoir, l’intégration des ex-rebelles dans les corps de défense et de sécurité. Des efforts ont certes été consentis dans ce sens, mais il faut dire que malgré le paraphe du document dans un pays qui a connu treize accords de paix et trois guerres civiles en vingt ans, jusqu’à la prise de Bangui par une coalition de groupes rebelles en 2013, rien ne semble indiquer que les violences vont prendre fin dans un futur proche.
En témoigne le fait qu’elles ont baissé au cours des premiers mois de l’année dernière, avant de ressurgir et de se multiplier dès septembre dans le nord-est, fief des rébellions successives contre le pouvoir de Bangui. La préfecture de la Vakaga, voisine du Soudan, a été ravagée par un conflit entre groupes signataires de l’accord. Et ces affrontements se sont propagés à la préfecture voisine de la Haute Kotto et ont fait des dizaines de victimes fin janvier. Quant au nombre de déplacés internes, il a même augmenté en 2019, par rapport à l’année précédente, selon l’ONU.
Il faut néanmoins faire remarquer qu’en dehors des massacres de Paoua en mai, la Centrafrique n’a plus connu de tueries de masse, mais des exactions contre les civils sont relevées presque quotidiennement. Cela s’explique en partie au fait que le territoire est de nos jours contrôlé aux deux tiers par les rebelles.
En ce qui concerne les progrès enregistrés depuis un an, ils concernent principalement le nord-ouest, où les combattants de plusieurs groupes armés de moindre envergure ont pris part au processus de désarmement et démobilisation censé assurer leur retour à la vie civile.
Pour ce qui est de l’Etat, le difficile retour a été amorcé puisque le nombre de fonctionnaires sur le territoire a quasiment triplé depuis 2013. Autre point fort enregistré : l’armée centrafricaine, formée par l’Union européenne et la Russie, s’est redéployée dans plusieurs localités.
Le ton s’est durci entre les groupes armés et le pouvoir
Le retour progressif à la paix est rendu possible grâce à la Mission de l’ONU en Centrafrique (Minusca) qui, depuis 2014, tente de prévenir les violences. Ce qui a fait que les militaires centrafricains n’ont plus eu assez de problèmes avec les rebelles. Ils ont affronté pour la première fois depuis la signature de l’accord, ceux issus de l’Union pour la Paix en Centrafrique (UPC), un groupe signataire de l’accord, début janvier. Pourtant, entre les mouvements armés et le pouvoir de Bangui, le ton s’est durci.
Pour les leaders rebelles qui évoquaient début janvier « l’échec » de la mise en œuvre de l’accord, les raisons en sont multiples. Il s’agit notamment de celles portant sur leurs revendications : libération de prisonniers, intégration de leurs combattants dans l’armée, autonomie accrue des régions délaissées par le pouvoir central. C’est dire que pour les groupes armés qui rechignent à désarmer leurs combattants et continuent de perpétrer des exactions, l’impunité demeurera.
Hans de Marie, chercheur à L’International Crisis Group (ICG) déplore le fait que « le processus de désarmement reste au point mort » dans l’est du pays. « La clef de voûte de l’accord, in fine, est d’arriver à désarmer les combattants rebelles et à les intégrer dans l’armée », a-t-il souligné. De son côté, Thierry Vircoulon, directeur de l’observatoire Afrique centrale à l’Institut français des relations internationales a déclaré : « L’Union Africaine a été au cœur de la négociation de cet accord (…). Dans la mise en œuvre, c’est elle aussi qui tire les ficelles. Sa stratégie était de faire en sorte que cet accord tienne, quel qu’en soit le prix ». « Dès le début, l’opposition et la société civile se sont tous prononcés contre l’accord », a-t-il rappelé, ajoutant que « ce qui est en jeu, c’est l’élection présidentielle de décembre 2020 ».
Ne sachant plus à quel saint se vouer, le peuple espère que le pays pourra retrouver la paix après l’élection présidentielle de fin décembre 2020 même si le chef de l’Etat centrafricain, Faustin Archange Touadéra, semble déjà embarrassé pour sa réélection par le retour inattendu de l’ancien président François Bozizé en décembre, qui a déjà annoncé sa candidature. Le pouvoir de Bangui fait aussi les frais de la politique « d’inclusivité » prévue par l’accord qui a permis à plusieurs responsables de groupes armés d’obtenir des postes dans le gouvernement et suscité de nombreuses critiques.