Le directeur régional de l’Agence universitaire de la Francophonie pour la région Afrique centrale et Grands lacs a présidé le premier colloque de la sous-région tenu les 10 et 11 mars. Aux participants à ces assises organisées à l’Université protestante au Congo sur le thème «Comment construire une coopération efficace et durable entre l’université et le monde socioéconomique ?», le professeur a partagé l’expérience d’un programme qu’il a personnellement piloté en Tunisie qui, contextualisé, pourrait faire ses preuves dans la sous-région.
L.C.K. : Peut-on connaître la raison de votre venue à Kinshasa ?
A.B.A. : La RDC fait partie du territoire que je couvre, Afrique centrale et Grands lacs, j’y suis venu pour le regroupement des cadres de la direction régionale qui se tient à Kinshasa mais que nous avons jumelé avec le colloque sur l’efficacité et la durabilité de la coopération entre l’université et son monde socioéconomique. C’est le premier qui se tient dans la sous-région, nous avons vécu une expérience particulière où nous avons débattu pendant un jour et demi. Les recommandations prises seront bientôt publiées.
L.C.K. : Quelles étaient les attentes générales de ce colloque ?
A.B.A. : Nos attentes nous ont occasionné des surprises agréables car nous n’avons pas eu de grandes difficultés à motiver les universitaires et les représentants du monde socioéconomique présents de l’utilité de leur présence. Ils sont venus convaincus de la nécessité du rapprochement de ces deux mondes aujourd’hui pour une meilleure synergie en vue d’une meilleure employabilité et meilleure insertion professionnelle des étudiants.
L.C.K. : Pourriez-vous nous parler du programme de co-construction que vous implémentez en Tunisie ?
A.B.A. : C’est une expérience que j’ai pilotée personnellement lorsque j’étais directeur général de la rénovation universitaire au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique en Tunisie. Elle s’appelle la co-construction des parcours de formation entre l’université et le monde socioéconomique, sachant que cette co-construction couvre tout le processus de la formation. Ce, depuis la genèse de l’idée jusqu’à la conception des enseignements, l’évaluation des enseignements, la diplomation des étudiants et l’insertion professionnelle des diplômés. Si l’on ne couvre pas l’ensemble du processus, tous les maillons de cette chaîne des valeurs, l’on restera sur un échec partiel. Ce qui se conçoit dans ce sens que, à un moment ou un autre, l’un des partenaires, soit universitaire, soit socioéconomique, ne va pas s’identifier dans ce processus. C’est cette expérience que j’ai partagée avec les personnes présentes. Elle est consolidée par une démarche qualité car s’il n’y a pas d’évaluation, de dégagement de piste d’amélioration, de pérennisation, ces coopérations risquent de s’essouffler ou soit de s’éteindre avec le temps, ou encore de dévier des objectifs initiaux.
L.C.K. : Depuis le début de sa mise en œuvre jusqu’à ce jour, quel bilan faites-vous de ce processus ?
A.B.A. : En Tunisie, pendant la période où j’étais à la direction régionale, c’est-à-dire pendant cinq ans environ, nous avons mis en place une centaine de parcours co-construits de licence professionnelle et de master professionnel qui emploient à au moins 80%. Et donc, dans certains parcours il y a une employabilité à 100% qui répondent bien aux besoins socioéconomiques. Ils ont été dès le départ co-construits avec des partenaires socioéconomiques. Au niveau des résultats, nous avons consolidé notre processus par des audits à mi-parcours et à la fin des cohortes de la formation. C’est donc un modèle que je recommande mais j’insiste toujours sur la contextualisation. Ce n’est pas parce que cela a marché en Tunisie que ce sera obligatoirement le cas aussi en RDC, au Cameroun ou au Burundi. Il faut toujours tenir compte du contexte local et régional.
L.C.K. : N’empêche que vous pourriez penser à l’exporter progressivement dans la sous-région …
A.B.A. : L’exportation pour nous se conçoit toujours en termes d’expertise. Il s’agit de partage d’expertise, d’expérience mais aussi de leçons. C’est toujours important car il n’est pas évident que ce modèle qui a fonctionné en Tunisie fonctionne ici tel qu’il a été conçu. Je suis partisan de l’analyse du terrain, de la collecte des données, de l’adaptation. Savoir qu’il ne faut pas faire les choses dans la précipitation car dans ce domaine-là, le chômage des diplômés, c’est une réalité que nous traînons sur des décennies et nous n’allons pas l’endiguer par une seule action. Elle fait partie de toute une batterie d’actions qu’il faut mettre en place. La co-construction en est donc un élément.
L.C.K. : Avec les résolutions prises lors de ce colloque, comment envisagez-vous l’avenir de l’AUF dans la sous-région ?
A.B.A. : Je reste confiant pour deux raisons. D’abord, personnellement, je suis de nature très optimiste. Lorsque je m’engage dans un processus, j’en vois toujours les bons côtés. Je crois qu’il va aboutir d’une manière ou d’une autre. Deuxièmement, dans ce colloque, j’ai remarqué une motivation évidente des universitaires mais aussi des acteurs du monde socioéconomique et du patronat à collaborer ensemble pour mettre ensemble des systèmes efficaces dont la co-construction pourrait être un modèle mais ce n’est pas l’unique.
Propos recueillis par