Le lundi 10 février 2025, le monde congolais de la Sape rend hommage à l’un de ses plus grands iconoclastes : Adrien Mombele, alias « Stervos Niarcos le Ngantshie», disparu il y a trente ans.
Véritable légende de la mode et de la culture congolaise, Niarcos, comme il était affectueusement surnommé, a marqué une époque où la Sape, « Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes », fusionnait avec la musique pour créer une esthétique unique. Au cours de la decennie 1980, Niarcos s’imposa comme un modèle du style vestimentaire, porté par un goût prononcé pour des vêtements somptueux, captivant les regards et laissant une empreinte durable dans l’imaginaire collectif avec des marques appelés à l’époque « griffes« . Grâce à ses accointances avec des stars congolaises de la musique de l’époque comme Papa Wemba, Bozi Boziana, Antoine Evoloko, Kester Emeneya, Djuna Djanana, etc., l’alliance entre Sape et musique connut une ascension fulgurante. Les artistes, voyant en Niarcos un véritable visionnaire, s’inspirèrent de son look flamboyant pour imprimer un style qui allait transcender les frontières. Parolier et chanteur… Et lui aussi tira partie de cette fréquentation avec les musiciens. Parolier et auteur-compositeur, il écrivit des chansons chantées par Papa Wemba, et Bozi Boziana, et Evoloko, et lui-même. Sa première chanson « Toutou » fut interprétée par Bozi Boziana de l’orchestre Zaïko Langa Langa. En 1984, il largua son premier album « Champs Elysées » en collaboration avec Papa Wemba. Et en 1985, il sortit la chanson « Nostalgie personnelle » dédiée à son amie morte dans des circonstances tragiques. En 1987, grâce au label Américano Production, il presenta l’album « Dernier coup de sifflet », une métaphore qui désigne la mort, une sorte de testament. Bénéficiant de la collaboration de Papa Wemba et de Bozi Boziana, l’opus connut un grand succès le propulsant dans le panthéon des chanteurs congolais, zaïrois à l’époque. En 1989, il sortit « Religion Kitendi » et « Epaka ekomi na 2e période » chanté par Evoloko. Niarcos eut également des pépins judiciaires en France, emprisonné au Centre pénitentiaire de Fresnes pour une affaire des stupéfiants. C’est là qu’il tomba malade, avant de rendre l’âme, le 10 février 1995, à l’hôpital de la Salpêtrière où il fût transféré pour des soins À sa disparition prématurée en 1995 (à 42 ans), Kinshasa s’est arrêtée pour pleurer le « pape de la Sape ». L’hommage fut immense : Brazzavillois, Gabonais, Angolais, Congolais de la diaspora, adeptes de la Sape (religion « Kitendi« ), rallièrent la capitale de l’ex-Zaïre où son corps fut rapatrié pour lui rendre un dernier hommage. 30 ans après sa mort, les sapeurs de toutes tendances se retrouvent chaque année au cimetière de la Gombe à Kinshasa où reposent ses restes, pour célébrer cet homme devenu une sorte de référence de la mode.