Asteraseae May, de son identité réelle Jacques Quentien Mayala, 35 ans, a bourlingué dans plusieurs entreprises avant de prendre son pinceau et plonger dans l’art plastique. Il a fait connaître sa peinture sur le plan national et international. Actuellement, il consacre son pinceau à un problème qui fait des cimetières bossus à travers le continent, à savoir la migration clandestine via le désert et la mer. Entretien.
Les Dépêches du bassin du Congo (L.D.B.C.): M. Asteraseae May, actuellement vous travaillez sur la migration clandestine vers l’Europe, et vous dites qu’il y a un rapport avec la déforestation. Pouvez-vous être plus explicite ?
Asteraseae May (A.M.) : J'ai été inspiré par mes amis africains qui traversent la méditerranée pour un voyage « de l’enfer vers le paradis », cherchant à avoir une vie meilleure et sauver leurs familles de la misère. Plusieurs causes sont évoquées (économiques, politiques, sociales, etc.). Les lieux de départ et les destinations s’expliquent par la structure des réseaux sociaux. Ce voyage n’est pas sans danger: beaucoup de morts connus et non connus sur le parcours du désert, c’est encore misérable par rapport aux conditions de nos pays. Ces migrants utilisent leurs moyens pour transformer le bois en pirogue, bateau à voile, radeau, etc.
L.D.B.C. : Une situation qui vous fait dire que la déforestation et la migration clandestine vers l’Europe sont des sœurs jumelles?
A.M. : Les questions de la déforestation et de migration clandestine vers l’Europe sont liées. Cela peut étonner le monde ou comment l’arbre nous fait faire un pas vers l’Europe ? Comment l’arbre devient-il un ange déchu des frontières de la méditerranée ? La déforestation est parmi les causes indirectes de la migration clandestine vers l’Europe. Les jeunes, pauvres, utilisent le bois comme moyen conduisant vers l’Europe, le bois qui conduit des Africains vers l’envers inattendu de l’eau. Je me posais la question si le bois n’a pas été un moyen qui facilite le migrant africain d’avoir accès vers l’Europe. Je suis le bois et je dis : « Je suis condamné à accomplir les vœux des pauvres et des sans espoir... Je suis le bois migré vers l’Europe depuis le commencement de la vie et je suis en fin de cycle ». Juste pour dire que cette déforestation conduit ces arbres vers l’Europe pour la transformation et la fabrication de meubles, cahiers et autres produits. En Afrique, la déforestation a engendré la migration clandestine vers l’Europe.
L.D.B.C. : Vous donnez de la voix à l’arbre pour dénoncer la voie qu’il emprunte (la traversée de méditerranée) ?
A.M.: Je m’inspire et crée des œuvres sur la base des troncs d’arbres en forme des humains et des animaux mais aussi des déracinés. Une méthode révolutionnaire qui donne, en général, un aspect en utilisant le fond comme base et les images sur le fond. Avec des couches sur les tableaux. J’adapte l’humain et les espèces animales à l’arbre en lui donnant toute forme en création contemporaine. A travers cette méthode artistique, j’ai réussi à allier la lutte contre la déforestation et la protection de la faune à la liberté d’expression artistique. De cette expression naissent l’art environnemental puis l’art écologique.
L.D.B.C.: Etes-vous tenté de migrer vers l’Europe ?
A.M.: Non !
L.D.B.C.: Quel est le principal conseil que vous donnez aux jeunes qui ne rêvent que de l’Europe ?
A.M.: Le conseil que je donne aux jeunes, c’est de se former, de développer leurs pensées pour un avenir de leur continent, pour une protection de notre planète. Rêver de l’Europe, c’est bon, alors, posez-vous la question : qu’est-ce que l’on apporte à l’économie européenne ? En fait, les jeunes se posent la question : comment être en partenariat avec l’Europe pour le bon développement de l’économie des pays africains ou de la diplomatie entre l’Europe et l’Afrique ? A la vérité , s’il est possible d’orienter les rêves des jeunes, c’est le faire pour des voyages dans les conditions normales et pour la formation ; sinon allez passer un bon moment avec nos frères européens, les ateliers, les vacances, les échanges culturels ; mais si c’est pour l’immigration clandestine, c’est pouah! Ceux qui y rêvent sont déjà morts intellectuellement.
L.D.B.C. : C’est le message que vous aviez porté à la biennale Dak’Art 15e édition, tenue en novembre dernier ?
A.M.: Depuis 2014, les Ateliers Saham dont je fais partie se présentent à la biennale de l’art africain contemporain « Dak’Art ». En révélant dans la catégorie off une exposition de jeunes talents sous le concept "Esthétiques en partage au-delà des géographies", je me suis inscrit à ce projet dont l’objectif est de faire dialoguer les jeunes artistes congolais avec d’autres d’un autre pays du continent. Grâce à Bill Kouelani, j’ai réalisé ce rêve, c’était du 6 au 16 novembre 2024. J’ai animé une exposition à la Maison des élus locaux sise place de l’indépendance, du 9 au 16 novembre 2024 à Dakar, au Sénégal, où j’ai présenté cinq de mes œuvres sur la protection de l’environnement et des gorilles, une démonstration de la menace que subit notre planète par la déforestation. En définitive, la biennale de Dakar m’a ouvert d’autres univers.