Les académiciens de l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, sous la coordination de leur secrétaire perpétuel, Yves Namur, ont remis le Grand prix Nessim Habif à l’auteur congolais, Emmanuel Dongala, écrivain n’étant pas d’origine française, en guise de récompense de son œuvre écrite, en revanche, en langue française.
Dans une salle Albert II comble, autour des amis, de Gabriel Kinsa, Rhode Bath-Schéba Makoumbou, des journalistes et des membres de la famille du lauréat, les académiciens belges ont procédé, ce 8 mars, à la remise officielle du prix Nessim-Habif 2024 décerné à Emmanuel Dongala. Une récompense qui vient couronner l’ensemble de l’œuvre de ce romancier et dramaturge, figure majeure du renouveau de la littérature africaine déjà bien remarquée par les critiques et le public.
Dès la publication de ses premiers ouvrages, Emmanuel Dongala a su cultiver une narration complexe, ouverte à la magie, à l’invraisemblance, où le récit se forme sur des jeux de temporalité élaborés. Au fur et à mesure, il a su faire de l’écriture un instrument de dévoilement, où il met à jour des faces cachées du monde bouleversé qu’il observe.
À ce jour, la bibliographie d’Emmanuel Dongala est composée des ouvrages suivants, du plus récent à la première publication : "La Sonate à Bridgetower" / Sonata mulattica ‘Actes Sud, 2019) ; Le feu des origines (Actes Sud, 2018) ; La sonate à Bridgetower" (Actes Sud, 2017) ; Photo de groupe au bord du fleuve (Actes Sud, Paris, 2010) prix Virilo 2010 ; Johnny chien méchant (Le serpent à plumes, Paris, 2002) ; Les petits garçons naissent aussi des étoiles (Le Serpent à plumes, Paris, 2000) ; Jazz et vin de palme (Le serpent à plumes, Paris, 1996) ; Le feu des origines (Albin Michel, Paris, 1987) ; Un fusil dans la main, un poème dans la poche (Albin Michel, Paris, 1974).
Le roman Johnny chien méchant a été adapté au cinéma en 2008 par Jean-Stéphane Sauvaire sous le titre de Johnny mad dog. À travers le récit, l’auteur dresse un tableau réaliste et saisissant de l’extraordinaire violence qui a explosé avec la guerre civile congolaise, en décrivant les dérives meurtrières des enfants-soldats.
À l’âge de 84 ans, il est le premier Africain de l’Afrique subsaharienne à recevoir le Grand prix Nessim-Habif depuis l’instauration de cette distinction biennale en 1964.
Être couronné un 8 mars, Journée internationale des femmes, c’est une manière de plus de saluer le regard critique de l’auteur porté en 2010 dans son roman Photo de groupe au bord du fleuve, dans lequel il dénonce avec virulence les discriminations et les inégalités dont souffrent les femmes africaines aujourd’hui. Il avait reçu le prix Virilo 2010 et son roman avait été élu meilleur roman français 2010 du magazine Lire.
Extrait de l’argumentaire des académiciens
"Ce prix, le plus important que décerne notre Académie, récompense une personnalité pour son œuvre importante et de qualité écrite en langue française. Il fut ainsi décerné à Philippe Jacottet, Nancy Huston, Andrée Chédid, Jorge Semprun, Boualem Sansal, Patrick Chamoiseau ou Milan Kundera, pour n’en citerque quelques lauréats.
Le prix Nessim-Habif 2024 est décerné à Emmanuel Dongala pour l’ensemble de son œuvre.
Né le 14 juillet 1941 à Alindao, en République centrafricaine, il fut professeur de chimie Brazzaville avant d’émigrer aux États-Unis. Il y sera professeur de chimie et professeur de littérature africaine francophone au Bard College de Simon’s Rock, dans le Massachusetts.
Romancier, nouvelliste, son premier roman, Un fusil dans la main, un poème dans la poche paraît en 1973, chez Albin Michel. Ce roman sera suivi, en 1982, d’un recueil de nouvelles, Jazz et vin de palme, d’une pièce de théâtre, Le premier matin du monde, et, en 1987, son second roman, Le feu des origines, toujours chez Albin Michel, lui vaut le Grand Prix littéraire d’Afrique noire. Photo de groupe au bord du fleuve paraît en 2010 chez Actes Sud, il porte , dira notre consœur Fatou Diome, « le lamento des femmes du Congo, mais aussi de toutes celles victimes d’injustices à travers le monde ». Et, ajoutera-t-elle, « pour écrire un tel roman, quand on est un homme, il faut que l’esprit abrite bien plus qu’un romancier, un humaniste ».
L’identité multiple d’Emmanuel Dongala nourrit donc toute son œuvre et la place à la confluence des cultures.
« Un modèle d’ouverture et d’une prise de conscience globale » qui mérite notre attention et notre admiration".
Félicitations à Emmanuel Dongala, lauréat du Grand prix de littérature française Nessim-Habif, de l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique.
Message en séance plénière par le secrétaire perpétuel, Yves Namur
Après que vous a été décerné le Grand Prix Hervé-Deluen 2023 de l’Académie française, vous voilà deux ans plus tard, cher compatriote, lauréat hors de France du Grand prix de littérature française, en obtenant, en 2024, le prix Nessim-Habif qui récompense un écrivain dont les œuvres en langue française "sont dignes de la littérature française".
Je suis fier de cette double consécration qui illustre la tradition d’excellence des hommes et femmes de lettres congolais de Jean Malonga, Mambou Aimée Gnali, Sony Labou Tansi, Tchicaya U Tam'si, Henri Lopes, Jean-Baptiste Tati Loutard ou Alain Mabanckou, pour ne citer que ces illustres personnages de la longue liste que constituent nos talentueux écrivains.
En ce 8 mars, depuis la terre de nos ancêtres, au nom du président de la République, chef de l'État, et en mon nom personnel, je vous adresse mes plus sincères et chaleureuses félicitations.
Espérons que la nouvelle génération suivra votre exemple et s’inscrira, au fil du temps, à son tour elle-aussi, au bas de la longue liste.
Anatole Collinet Makosso
Premier ministre
Chef du gouvernement